Scène et spectacle

Arts de la scène

L’Institut Beliashe possède de solides racines dans l’art théâtral. Son histoire est intrinsèquement lié à des traditions diverses et variées dans les domaines de la représentation scénique. Depuis le clown jusqu’au théâtre d’improvisation, en passant par le masque et la musique, Beliashe est un foyer qui exhibe un large panorama de spectacles sous le feux des projecteurs. Aujourd’hui, l’Institut est à la fois un lieu de passage, proposant des spectacles éphémères mais aussi une demeure pour des créations anciennes et nouvelles destinées à être produites partout en Europe.

Productions de L’institut

Corps et théâtralité

“… Dans la plupart des cas, l’art de l’acteur naturaliste consiste à se soumettre à ce que lui dicte son tempérament. Cependant, en donnant un tempo strict, la partition musicale délivre l’acteur des exigences de son propre tempérament. L’essence du rythme scénique c’est l’antithèse de la vie quotidienne…”    Meyerhold

Ces paroles de Meyerhold, furent d’une importance capitale dans les années fondatrices de Beliashe. Elles sont porteuses des éléments d’une révolution de la pensée artistique qui a eu lieu dans les premières décennies de notre siècle. On les retrouve dans le Dadaïsme et le Surréalisme, à propos du rôle de l’objet d’Art, ainsi que tout au long du siècle, à travers les chemins de l’Abstrait. Elles donnent une indication quant à une approche méthodique de la création théâtrale, dans laquelle la corporalité et le geste de l’acteur ne sont pas seulement l’embellissement d’un texte ou d’un rôle, mais le matériau de base d’où naît l’acte théâtral.

Depuis la fondation de la compagnie, en 1981, Tim Dalton, metteur en scène et formateur, a suivi différentes pistes de recherche, en parallèle, dans plusieurs disciplines des arts de la scène. Dans le même temps, des comédiens de la compagnie ont étudié divers aspects de la corporalité : mime, yoga, love-butoh, danse contact, acrobatie, biomécanique, chant, sculpture, clown… Une “méthode”et un processus de création artistique qui pousse l’acteur à s’ouvrir à une nouvelle écoute du corps, sont le fruit de cette collaboration. Une telle présence de l’acteur lui permet de créer une relation physique à l’espace, à l’autre, à la lumière, à la musique, au texte…

La Marionnette au fond de l’acteur  (extraits d’un article de Tim Dalton 1999)

Pour comprendre clairement ce qu’est “la marionnette au fond l’acteur” (terme emprunté à G. Craig ), nous devons voir se dresser devant nous, dans toute sa splendeur et sa misère, la silhouette d’un être articulé, avec deux bras, un buste, une tête, deux jambes munies de pieds… Bien que privé d’identité ou de personnalité autre que celle d’un être à forme humaine, sans fils et non manipulé, voici, néanmoins un être entier, en attente d’un signal, d’un signe qui, à tout moment, pourrait l’appeler à agir. Cette action pourrait être de lever simplement un bras lentement, ou même seulement de tenter de saluer avec la main sans placer le bras dans la position habituelle bien connue.

Nous lui demanderons peut-être poliment de baisser la tête, de rentrer le menton dans la poitrine dans un geste de tristesse, ou bien de bouder, ou encore, par timidité ou gêne, de se replier sur lui-même. Si nous lui demandons de se tenir sur une jambe, le pied levé pendant du genou, c’est pour lui donner l’aspect réel d’une marionnette faite de membres articulés.

Mais si maintenant nous lui donnons l’instruction de tendre la main lentement et avec beaucoup de souffrance apparente, l’étirant avec la sensibilité de quelqu’un qui teste la sensation de passer la main sous une chute d’eau, soudain ce geste s’enrichit d’une multitude d’expressions possibles reliées à des motivations intérieures que nous ne pouvons pas voir…. Si nous demandons maintenant à notre marionnette d’avancer d’un, deux, trois pas, alors sont donnés les premiers pas d’une danse dont le rythme est encore imperceptible. (…)

Dans ce moment insignifiant, elle passe et repasse les frontières entre la vie et la mort, en arrière et en avant, encore et encore. Sans intention claire, elle nous enseigne l’économie de l’action signifiante, elle danse la vie en trois pas, portant la mort sur ses épaules comme un vaste manteau d’expérience.

À ce moment, nous faisons appel à une illusion de vie… Pourquoi une illusion de vie ? Pourquoi pas la Vie elle-même ? La vie dans l’art est une imitation de la vie, une illusion de vie peut nous donner une meilleure appréciation de ce que vivre signifie.

Une illusion qui est une réelle illusion, c’est-à-dire une illusion qui se montre comme illusion, peut nous en dire plus sur la perte de la vie que ne le peut l’imitation de la vie avec des moyens semi-réalistes.

Nous devons tenter d’arriver à une illusion manifeste, sans rien de caché, sans que la charpente soit recouverte, sans murs en façade, sans gestes réalistes, sans que rien n’ait sa taille normale.

L’imagination, clé de la création… et si nous placions l’imagination dans les morceaux de corps de notre marionnette ? Pas dans son cerveau, cela sèmerait la confusion en elle et l’entraînerait trop tôt dans les problèmes du choix, de l’interprétation, du paraître, et finalement dans tous les problèmes de l’acteur…

… Supposons que nous ajoutions une sensibilité de mouvement et de grâce dans les membres en bois de notre marionnette… chaque partie du corps ayant sa propre imagination…

D’abord les pieds, la marche, un millier de sensations de contact avec le sol, sable, glace, boue, épines, poussière… Ce qui change l’attitude des genoux et des hanches et donc de la colonne vertébrale.

… Nous lui demandons maintenant simplement de trouver ses propres tâches, sa propre imagination, de trouver pour ses mouvements un rythme changeant avec fluidité et calme….. et elle devient… autonome.

Les danses qui s’ensuivent sont des danses de transformation, de métamorphose, fascinantes par leur concentration, par leurs intentions non dévoilées, par leurs silences et leurs engagements soudains. Mais elles n’ont malgré tout pas encore d’identité, ni de clarté, ni de contenu théâtral.

Pour que cela se passe, nous devons faire appel à un autre côté de notre sensibilité, celui qui demande la présence d’un élément prosaïque…

… Des habitudes, des idiosyncrasies, des mouvements de tous les jours, banals en eux-mêmes, qui néanmoins tendent à fabriquer et composer une identité. Nous aurons recours ici à d’autres ingrédients d’une nature plus compliquée; des mots, des chansons, de la musique, avec son inspiration dans une époque et un lieu, un rythme et une énergie, de la lumière avec son ambiance, illuminée ou ténébreuse.

Ayant été une collection de danses, le travail de l’acteur devient une création de personnage. Mais il garde encore le plus grand et libre flux de mouvements dansants, créant un travail précis qui pourrait néanmoins suivre n’importe quelle direction parmi vingt différentes avant d’aboutir à un rôle défini.

Notre marionnette a enfilé un costume de gestes. Elle a bâti une combinaison de formes et de positions, de rythmes et d’impulsions, qui convient à son corps comme un pardessus.

C’est ce qui nous parle. C’est ce manteau de mouvement qui est la marionnette de l’acteur.

… Nous sommes entrés dans le théâtre par la porte de derrière.

Tim Dalton

Histoire de Beliashe

Le Théâtre Beliashe fait ses premiers pas artistiques dans le Grand Nord de l’Europe. À l’origine de la formation de la troupe, une collaboration avec le Beiavvas Sami Teahter (Théâtre du Soleil), première compagnie théâtrale du peuple nomade lapon. C’est aussi aux artistes sami (lapons) que la troupe doit de s’appeler “Bealjâsh” (les petites oreilles), du nom d’un couple de montagnes sacrées situées près de la ville de Kautokeino, en Laponie. Ce fut aussi le point de départ d’un périple nomade à travers plusieurs pays, entre diverses formes d’expression artistique – un voyage aux sources et aux contenus multiples – en quête éternelle de disciplines théâtrales subtiles. C’est en 1991 que la compagnie s’installe en France, accueillie dans le village de Giou de Mamou, dans le Cantal (Auvergne). La commune met alors à sa disposition une grange rénovée comme lieu travail. Loin des grandes métropoles urbaines cet endroit a été, pendant dix ans, la base qui a permis aux artistes de Beliashe de poursuivre un travail en profondeur, de créer des spectacles, d’accueillir des artistes, d’organiser des festivals, mais aussi d’enseigner dans plusieurs domaines des arts de la scène. Aujourd’hui Institut, Beliashe a ouvert, en 2010, un nouveau lieu de création baptisé La Maison des Hortes. En plein centre ville d’Aurillac, dans les locaux d’un ancien collège, c’est un lieu de création, de formation artistique et de recherche sur le potentiel humain.

Depuis sa fondation jusqu’à nos jours, le Théâtre Beliashe a maintenu une discipline de recherche au carrefour des théâtres corporel, visuel et musical. Approfondie pendant des années, cette direction de travail a atteint non seulement une exigence artistique particulière, mais aussi une méthode condensée et précise sur le jeu d’acteur. Les spectacles ainsi conçus s’inscrivent dans la lignée des traditions du théâtre populaire européen. La compagnie a investi une large palette d’expressions artistiques, allant du spectacle intimiste à de gigantesques évènements en plein air, avec le souci constant de transmettre un langage scénique qui transgresse les barrières linguistiques et culturelles. Ses multiples créations artistiques et activités pédagogiques, incluant un volet important dédié à la transmission, l’amènent à se produire dans de nombreux théâtres, événements culturels et festivals, partout en France et à l’étranger.